mardi 09 juillet , 2019

Courrier de notre organisation syndicale relatif à la situation des moniteurs de sport

Pantin, le 02 juillet 2019

Monsieur Stéphane BREDIN
Directeur de l’Administration Pénitentiaire
13 Place Vendôme
75042 PARIS Cedex 01

Monsieur le Directeur,

Il y a quelques années, l’UFAP UNSa Justice dressait un constat alarmant sur la désertification des moniteurs de sport. Un groupe de travail avait alors pris forme avec pour objectif l’attractivité et la fidélisation de la filière.

Certaines mesures de ce groupe de travail apparaîtront dans l’arrêté rédigé pour tous les spécialistes de l’administration pénitentiaires paru le 22 mai 2014. Désormais les moniteurs de sport (MDS) ont la possibilité d’évoluer jusqu’au grade de major sur place, à l’instar des formateurs des Personnels. Si l’UFAP UNSa Justice se félicite d’avoir été entendue sur ce point, la situation n’est pour autant pas satisfaisante.

Depuis 2014, le recrutement de moniteur de sport est à la peine. Seulement une petite quinzaine par an en moyenne.

Pour exemple, depuis l’arrêté du 22 mai 2014, la 30ème promotion (la plus nombreuse), formée en 2015, a recruté 21 élèves. Seulement 13 sont toujours en poste en 2019 (pour information : en 2014, il n’y avait pas eu de recrutement).

Pour l‘UFAP UNSa justice, il est indispensable d’obtenir une cartographie des effectifs théoriques/présents du nombre de moniteurs de sports sur le plan national, le recrutement et les perspectives à venir. On constate déjà que le nombre de postes offerts au recrutement n’est parfois atteint qu’au tiers !

Dans les établissements pénitentiaires, le sport est un facteur d’équilibre important. Les moniteurs de sport sont garants de la bonne marche des activités sportives. Il est, par ailleurs, primordial que les Agents pénitentiaires soient les acteurs de cette mission. Aussi, afin de rendre plus attractive cette spécialité, des mesures doivent être prises.

Les Agents du terrain n’ont de cesse de nous remonter des problématiques récurrentes.

Problème de gestion RH :

La gestion des MDS doit être repensée afin d’optimiser la prise en charge de la pratique du sport en milieu carcéral.

En effet, il est impératif de tendre vers une harmonisation de la gestion des activités sportives et de bannir, une bonne fois pour toutes, la gestion de certains directeurs malintentionnés qui délocalisent les MDS pour combler les carences d’effectifs, comme on peut le constater dans certaines structures.

Les DISP ont parfois dans leur organigramme un référent sport, ce n’est pas le cas partout. Un coordinateur sportif est, aujourd’hui, indispensable.

Sur ce point gestion RH et organisation, l’UFAP UNSa Justice revendique toujours la création d’un véritable organigramme national, avec une structuration par région afin d’articuler, de dynamiser et de soutenir des structures locales du sport.

Aujourd’hui, il n’y a aucune lisibilité sur les objectifs à atteindre ; c’est‐à‐dire aucune stratégie cohérente et efficace, alors même que la pratique sportive est un élément important au sein des détentions.

Au niveau des budgets « sport », les DISP transmettent une ligne budgétaire aux établissements liant les activités du SPIP et ceux des MDS. Entre un DPIP et un MDS, les pouvoirs de négociations ne sont pas toujours équitables et les inégalités sont criantes.

Évolution de la dangerosité :

Les projections :

Comme pour tous les Personnels, le métier évolue. Or une problématique affecte plus particulièrement les moniteurs de sport et la pratique des activités.

En effet, ils sont exposés aux projections extérieures, avec parfois plus d’une cinquante de détenus sur la zone. Souvent l’administration n’a pas les moyens d’endiguer ce phénomène et les MDS gèrent seuls ces situations très délicates. Cette grave mise en danger immédiate est un véritable fléau : des armes sont parfois trouvées dans ces projections.

Les djihadistes et autres détenus ultra‐violents :

Sur les créneaux « sport », les listes de détenus peuvent multiplier les profils à risques. Régulièrement, des détenus à gros profils, voire même très dangereux, sont autorisés à se rendre aux activités sportives. L’administration demande aux MDS d’être vigilants et également de remonter des observations et informations sur ces détenus.

Mobilité et formation à valider :

Un moniteur de sport passe une formation validante et est soumis à une mobilité lors de sa première affectation.

Avant la réforme, certains ont eu accès au diplôme reconnu par le ministère des Sports (BEPEGEPS). Depuis 2014, ce n’est plus le cas. Cette formation, qui dure 6 mois, n’inclut pas de revalorisation salariale à la clé. Trop souvent, ce critère financier bloque certains Agents souhaitant s’orienter vers cette spécialité.

Le poste de moniteur de sport demande des compétences. En plus du quotidien, qui devient des plus dangereux comme évoqué précédemment, le MDS doit créer des projets pouvant mêler tous les acteurs de la pénitentiaire, partenaires extérieurs et médias. Un MDS est un véritable chef de projets. Pour notre Organisation Syndicale, ces responsabilités importantes doivent être reconnues.

À travers l’évolution et la dangerosité du métier, les compétences et les objectifs que doivent remplir les MDS (voir nouvelle grille d’évaluation), une revalorisation indemnitaire est nécessaire pour la survie de cette filière qui a besoin d’un nouveau souffle, d’un nouvel élan. En effet, si des mesures ne sont pas prises rapidement, on ne parlera plus de sélection mais seulement de volontariat en matière de recrutement de MDS et, plus largement, d’une mission régalienne externalisée. Vous l’aurez compris, ce n’est absolument pas l’orientation de l’UFAP UNSa Justice.

Par conséquent, l’UFAP UNSa Justice sollicite une rencontre auprès de votre autorité. Nous souhaitons aborder ce dossier important et voir s’ouvrir un groupe de travail intégrant les partenaires sociaux représentatifs avec la volonté affichée d’aboutir à de réelles avancées tant pour cette filière spécifique que pour la gestion de nos détentions.

Dans l’attente de votre retour et connaissant l’intérêt que vous portez à cette problématique, l’UFAP UNSa Justice vous prie de recevoir, Monsieur le Directeur, nos plus respectueuses salutations.

Pour l’UFAP UNSa Justice,

Le Secrétaire Général,

Jean-François FORGET

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