mercredi 28 juillet , 2021

Gestion des détenus radicalisés « Il est humain de se tromper, persévérer dans l’erreur est diabolique ! »

Dans le cadre de la réflexion menée par l’Administration Pénitentiaire au sujet de la gestion des détenus radicalisés hors unités dédiées, l’UFAP-UNSa Justice a été reçue le vendredi 18 mars 2016 par les chargés du dossier au niveau central. 

Notre organisation a toujours privilégié la réflexion à la recherche-action. 

L’UFAP-UNSa Justice était prête à faire valoir ses positions sur ce sujet sensible qui concerne le gros de la troupe des détenus radicalisés puisque les unités dédiées n’accueilleront au mieux qu’une centaine d’entre eux. 

Entre temps, la DAP efface tout et a décidé de réécrire sa note relative à la gestion des détenus radicalisés hors unités dédiées.

Est-ce un éclair de lucidité, une prise de conscience ?  Que nenni !

Tout simplement, le projet de note et le logigramme ont été rédigés avant le PLAT. 

Voilà ce qui arrive quand on choisit de faire faire ses devoirs par d’autres…ou quand on se laisse envoûter trop facilement par les sirènes du lobbying qui a vu le jour sur cette thématique. 

La future note relative à la gestion des détenus radicalisés hors unités dédiées devrait, selon les déclarations de l’administration, être axée sur trois points principaux :

 –          La « boite à outils » qui concernera d’un côté les établissements pour la gestion pénitentiaire et les mesures de suivi et de l’autre les SPIP pour la prise en charge spécifique du public radicalisé ;

–          La grille de détection qui s’articulera sur trois niveaux : surveillants, encadrement-direction, SPIP. Ces trois grilles distinctes feront l’objet d’une expérimentation avant validation et une généralisation à l’ensemble des structures ;

–          La mise en œuvre des mesures de prévention et des traitements de la radicalisation.

 La DAP s’est aussi engagée à inclure des directives relatives aux détenues femmes et aux détenus mineurs dans la note à venir. 

Pour notre organisation, la détection doit être continue et débuter dès l’écrou, dès le parcours arrivant. Pourquoi se priver de ce moment si particulier dans une période de détention ? Pourquoi attendre qu’un signe se manifeste ?

D’ailleurs, que se passe-t-il si aucun signe n’est observable ? Le risque sera-t-il considéré comme non établi ? Sera-t-il pour autant inexistant ? 

La gestion locale des détenus radicalisés s’effectuera via la CPU.

Si le principe permet de démultiplier les capteurs en élargissant le spectre de l’observation du phénomène, le recours à la CPU soulève de notre part quelques réserves.

Pour l’UFAP-UNSa Justice, il est nécessaire d’inclure au sein de la CPU un personnel de surveillance affecté au quartier arrivant et un autre affecté en détention.

Par ailleurs, en cas de mauvaise appréciation ou de défaut de détection, il sera aisé de désigner la CPU comme responsable et, par conséquent, l’autorité locale qui en a la charge. En cela, la notion de « traçabilité », inscrite à plusieurs reprises dans le projet initial, est très évocatrice.

 L’administration souhaite rendre prioritaires les détenus radicalisés ou en voie de radicalisation au niveau de l’accès aux activités en détention.

Quid alors de la multitude qui se moque bien de mourir pour des idées et d’être mécréante ? Ne risque-t-on pas de générer l’effet inverse à celui recherché ? 

L’administration envisage d’associer à sa démarche l’aumônerie musulmane des prisons et des spécialistes en théologie « pour déconstruire le raisonnement théologique de certains détenus » (Mohamed LOUESLATI, aumônier musulman). 

Pour l’UFAP-UNSa Justice, les autorités religieuses musulmanes doivent faire le travail.

Malgré les déclarations d’intentions de « l’instance de dialogue avec l’islam de France », il est indispensable de contrer « le discours salafiste qui a acquis une forme d’hégémonie depuis une dizaine d’années » (Gilles KEPEL).

Pour notre organisation, au niveau pénitentiaire, cela doit se traduire dans les faits.

Les responsables et acteurs de l’aumônerie musulmane des prisons doivent faire preuve de courage et rompre le lien entre ce qui relève du spirituel et ce qui relève du temporel.

 Monsieur l’aumônier national, allez de l’avant et soyez l’avant-garde : la politique et l’organisation sociale n’entre pas dans le champ de la religion. Notre pays est fondé sur un socle commun de valeurs issues du temps long de son Histoire. 

L’UFAP-UNSa Justice a, pour finir, rappelé son opposition à la conception actuelle des unités dédiées et a dénoncé le cadre général des binômes de soutien loin d’être satisfaisant.

 L’actualité nous rattrape au moment de la rédaction de ces lignes : attentats à Bruxelles.

L’UFAP-UNSa Justice apporte tout son soutien aux victimes, leur famille et aux forces de l’ordre.

Cette sinistre réalité nous rappelle que le terrorisme, mode d’action de l’état islamique dans la guerre qu’il nous mène, et la radicalisation vont bien au-delà des murs de nos établissements. C’est l’ensemble de la société qui est concernée. 

L’UFAP-UNSa Justice, en sa qualité de corps intermédiaire, « d’institution de l’interaction » (Pierre ROSANVALLON), assumera ses responsabilités et prendra sa part.

S’il est du devoir de l’administration pénitentiaire d’apporter sa pierre à l’édifice, VOTRE organisation syndicale contribuera à ce qu’elle soit bien taillée. 

L’UFAP-UNSa Justice, une présence de tous les instants !

Paris le, 24 mars 2016

Pour l’UFAP-UNSa Justice

Le Secrétaire Général,

Jean-François FORGET.

240316 – Gestion des détenus radicalisées…..

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