La Prison à la croisée de la Civilisation !

« On peut mesurer le degré de civilisation d’une société en interrogeant ses prisons » déclarait Fedor Dostoïevski, dans Souvenirs de la maison des morts, en 1862, sous entendant « en interrogeant ses prisonniers ».

Cette antienne, reprise en chœur par de nombreux intellectuels depuis, est à l’origine du grand bouleversement qu’a connu l’administration pénitentiaire depuis maintenant plus de 50 ans avec pour apogée la loi pénitentiaire de 2009, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et le contrôleur général des lieux privatifs des lieux de liberté.

Pourtant, si l’on veut prendre la peine de faire un constat OBJECTIF de la situation de nos prisons, on serait très loin de s’inquiéter du sort des détenus car si ce grand écrivain russe revenait pour visiter nos prisons françaises, il constaterait comme nos contemporains que :

  • Les fouilles ne sont plus systématiques.
  • Des parloirs sont garantis et même en famille en « UVF ».
  • Les cantines sont garanties « à prix moins coûtants ».
  • Des activités, du sport, des soins…, sont assurés.
  • La politique disciplinaire est«compréhensive » et « soucieuse de la paix sociale ».
  • Le maintien des droits familiaux est la clé de voûte de toute décision.
  • Des réductions de peine sont octroyées avant tout commencement de peine.
  • Des aménagements de peine sont quasi automatiques.
  • ……

En prenant un peu le temps de rechercher sur quelques réseaux sociaux bien connus, il trouverait aussi des vidéos amusantes où des détenus se mettant en scène démontrent comme il fait « bon vivre » en prison (jeux aquatiques, carnaval, …

Il pourrait en déduire que notre degré de civilisation serait au plus haut… Et nous serions contents !… Et pourtant…

Pourtant, en regardant d’un peu plus près, il constaterait que la violence est omni présente et que la remise en cause de l’autorité pénitentiaire est la règle.

Il constaterait qu’on ne compte plus les agressions envers les personnels tant elles sont quotidiennes ; il constaterait aussi le taux de suicide des Personnels ; il constaterait enfin l’abandon dans lequel se trouve l’ensemble des Personnels pénitentiaires !

Car tous les jours ces Personnels risquent leur vie, se font insulter et humilier sans qu’il leur soit donné l’occasion de se défendre et sans doute le pire, d’avoir le sentiment d’être défendu par une administration et une ministre fantômes :

  • Pas un jour sans agression : pas question de remettre en cause la fin des fouilles systématiques !
  • Un taux de suicide des personnels affolant : on maintient les modes dégradés !
  • Surpopulation carcérale endémique : pas de nouvelles prisons !
  • Le laxisme règne à tous les étages des détentions : application sans discernement du statut spécial et du code de déontologie pour les Personnels !
  • Applicatifs informatiques inopérants et insécures (et à quel prix ?) : déploiement à la hussarde au mépris des personnels (greffe avec genesis, RH avec harmonie, …).Ajoutez à cela une absence de dialogue social illustrée un peu plus chaque jour, et un mépris qui ne se cache même plus pour le « petit Personnel » ; voilà un cocktail effectivement bien sinistre qui pourrait faire douter de notre « degré de civilisation » !
 Ajoutez à cela une absence de dialogue social illustrée un peu plus chaque jour, et un mépris qui ne se cache même plus pour le « petit Personnel » ; voilà un cocktail effectivement bien sinistre qui pourrait faire douter de notre « degré de civilisation » !


Le constat est implacable : cette administration pénitentiaire n’aime pas ses Personnels ; elle les méprise, les brutalise et par- fois les brise !

Comment cette administration pourrait-elle alors faire croire au respect de la population pénale quand elle n’est même pas capable de respecter ses propres Personnels ?…
 

En effet, il faut dénoncer cette imposture qui consiste à faire croire que le maintien des droits des détenus peut être garanti en France alors que les Personnels au bord de l’épuisement professionnel ne sont même pas entendus !

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Parce que l’état d’urgence a été décrété en France depuis le 13 novembre dernier et que tous les éléments à charge dont on a chaque jour la révélation, le fonctionnement même des prisons est pointé du doigt…

Parce que malgré l’état d’urgence sur tout le territoire, il semble bien que les prisons en soit exclues sans que cela inquiète outre mesure la place Vendôme ou la DAP…

Parce que la France est en guerre contre un ennemi que l’on sait se former et se recruter dans nos prisons, mais que d’éminents juristes nous expliquent encore qu’il s’agit « d’usagers du service public pénitentiaire » !

Parce que les policiers sont désormais autorisés à rester armés hors service mais qu’il n’est pas envisageable d’armer les Personnels chargés des extractions médicales !…

Parce que l’administration pénitentiaire écarte systématiquement les propositions concrètes, réalistes et pragmatiques formulées par les Personnels au profit d’orientations idéologiques aux effets désastreux :

• Libération sous contrainte plutôt qu’exécution des peines,

• Programme « respecto » et co-détenu de soutien au détriment de l‘autorité des Personnels et de leur place incontournable dans la gestion de la détention,

• Développement des thèses fumeuses du « capital guerrier » à l’ENAP (le capital étant guerrier au sens où il faut développer les qualités de guerrier pour s’imposer. La force physique est un élément impor- tant pour s’imposer comme un leader d’où l’attrait pour les sports de combat et salles de musculation…) pour formater les futurs CPIP aux règles de la détention,

• Etc, etc…

Malgré ce constat affolant les raisons d’espérer existent et elles nous tendent les bras pour 2016 : Le mouvement unitaire initié en est la première raison. Plus de 3000 collègues à PARIS et depuis partout la même détermination intacte. Le blocage de l’ENAP comme symbole de notre refus de la fatalité et du désespoir.

Ensemble et déterminés, nous ferons plier cette administration aveugle et sourde afin de retrouver notre fierté et notre honneur professionnels, car la subordination n’est pas un esclavage, pas plus que l’autorité n’est une tyrannie…

Le Réveil Pénitentiaire Justice

N° 108 – Décembre 2015