jeudi 24 juin , 2021

LETTRE OUVERTE AU DIRECTEUR INTERRÉGIONAL DES SERVICES PENITENTIAIRES DE TOULOUSE – Seysses CP

Monsieur le Directeur Interrégional,

Le 1er  avril 2016,  le Centre Pénitentiaire de Seysses passera des repas servis en barquettes individuelles à la distribution en bacs multi portions dits «gastronormes ».

À ce jour, 3 tests ont eu lieu sur les MAH , en présence de la direction , des chefs de bâtiment, des responsables et techniciens Sodexo,  et des organisations syndicales qui s’y sont invitées…

Sur les 3 essais, le meilleur temps aura été 1heure,  1 heure sur un étage où pourtant aucun retour parloir, aucune distribution de médicaments et peu de retours ateliers n’étaient prévus, et avec une population pénale intimidée par autant de monde.

Dans les mêmes conditions, la distribution des barquettes se fait  en 20 voire 30 minutes.

Quant aux autres essais,  et malgré des conditions optimales avec seulement la distribution de médicaments et quelques retours atelier, ceux-ci ont été encore plus longs…

Des travailleurs n’ont pas pu aller à la musculation, la surveillante n’a pas pu valider son effectif sur GENESIS dans les temps,  les auxiliaires d’étage n’ont pas pu aller en promenade travailleurs, bien qu’ils aient tous assuré leurs taches avec professionnalisme et rapidité.

Le temps de distribution sur ce créneau horaire nous était déjà compté avec les barquettes individuelles.

De nombreux problèmes d’ordre technique, hygiénique voir sécuritaire sont à craindre comme l’obligation de servir les détenus en leur présence, ce qui impliquera de repasser à chaque retour mouvement et entraînera une perte de temps supplémentaire et le risque pour les agents d’oublier des cellules.

Le service sera aussi inévitablement interrompu par des demandes de renforts sur une intervention au moment  des repas.

Comment seront gérés les repas des détenus extraits, absents au moment de la distribution ?

Comment sera gérée la distribution des médicaments au moment du repas ? Celle-ci doit elle lui être prioritaire ?

Au final,  il sera fréquent de servir de la  nourriture froide en fin de coursive…

Les différents menus classiques, sans porc, sans poisson, végétariens sont comptabilisés mais à la vue de tous. Beaucoup de vocations alimentaires ne tiennent pas face aux choix, et même en élaborant un système d’identification du régime de chaque détenu, cette présentation va amplifier un problème que nous connaissons déjà avec les barquettes.

Ce système implique aussi que les détenus aient leur plateau ou assiette propre au moment du service. Avec un nombre croissant de détenus qui dorment encore lors du passage du chariot, il est fort probable que  le surveillant ait encore à revenir,  et que cela soit source de tensions supplémentaires.

Les jets de barquettes en direction des surveillants ou auxiliaires sont déjà monnaie courante. Celles-ci sont en partie fermées par un film plastique, évitant que le gros de leur contenu plus ou moins chaud ne soit projeté au visage des agents, sans parler de la dureté du support plateau ou assiette…

Que faire si un ou plusieurs bacs sont contaminés par la projection, voir le chariot renversé lors d’une altercation ?

Avec régulièrement plus de 100 détenus pour un surveillant par étage sur les mh1 et mh2, un fonctionnement avec des mouvements, contrôles et distributions qui ne peuvent être effectués que lorsque tous les détenus sont en cellule et sur ce créneau horaire, l’ensemble des personnels de surveillance, encadrement et même la direction locale se sont prononcés contre ce projet en l’état, et restent très sceptiques face à toute adaptation dans son fonctionnement et tests à venir.

Au-delà de l’image d’un retour à la « gamelle à la louche » et d’une administration qui se soumet à un marché plutôt qu’un marché qui s’adapte à nos contraintes, la distribution du repas est un moment privilégié du rapport surveillant /détenu.

Faire passer un peu de tabac à la cellule d’à côté, donner un pécule, un papier administratif, expliquer des démarches ou tout simplement prendre des nouvelles d’un détenu…Amputé de ce moment, déjà au bord de l’explosion de par sa surpopulation, les nouvelles missions et contraintes imposées aux surveillants, et une population pénale de plus en plus vindicative, c’est l’avenir même de la maison d’arrêt de Seysses qui est en jeu.

Celui-ci ne peut être l’otage d’une simple question de budget.

Conscients de l’intérêt que vous portez au centre pénitentiaire de Seysses et du soutien que vous nous avez déjà apporté avec le renforcement du glacis, le bureau local UFAP UNSA JUSTICE demande l’abandon de ce projet, inacceptable pour tous.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, veuillez agréer, Monsieur le Directeur Interrégional, l’expression de nos salutations respectueuses.

Pour le bureau local, le secrétaire local UFAP UNSA justice

Jean-Pierre Soudier-Miquel

Related posts