Organisation Syndicale Multi-Catégorielle

SMIC en hausse, grilles en panne… et l’Etat qui regarde ailleurs

La fonction publique ne traverse plus une crise : elle s’enfonce dans un décrochage brutal, mesurable, massif, et désormais impossible à nier. Les chiffres ne sont plus des signaux faibles : ils témoignent d’un affaiblissement organisé des rémunérations et d’une perte d’attractivité qui touche tous les agents, tous statuts, toutes catégories. Ce n’est plus un malaise : c’est un système qui se fissure.

Et dans ce paysage déjà fragilisé, l’administration pénitentiaire encaisse de plein fouet les conséquences d’une politique salariale devenue incohérente, déconnectée, et incapable de reconnaître la réalité des missions régaliennes exercées au quotidien par ses personnels.

UNE FONCTION PUBLIQUE EN DEROUTE

Un quart des agents publics envisagent aujourd’hui de quitter la fonction publique, tous statuts et toutes catégories confondus. Ce mouvement massif s’explique par un triptyque désormais bien identifié : conditions de travail dégradées, manque de reconnaissance, stagnation des rémunérations. À cela s’ajoute une dévalorisation institutionnelle préoccupante : 70 % des agents estiment que les discours politiques et médiatiques dénigrent leurs métiers.

Ce constat national, déjà alarmant, devient critique lorsqu’on l’applique à l’administration pénitentiaire. Ici, les difficultés générales de la fonction publique se combinent à des réalités propres au milieu : surpopulation pénale, postes vacants persistants, responsabilités croissantes, exposition accrue aux risques, missions sans cesse élargies. Chaque facteur d’usure y est amplifié. L’attractivité y est donc structurellement plus fragile. Et au lieu de corriger cette fragilité, les mécanismes actuels de rémunération ne font que l’aggraver.

DES GRILLES INDICIAIRES ECRASEES PAR L’INFLATION

Les revalorisations successives du SMIC, en réaction à l’inflation, produisent un effet mécanique délétère sur les grilles indiciaires des personnels pénitentiaires. À chaque hausse, les premiers échelons sont rattrapés, puis dépassés, entraînant l’écrasement des débuts de carrière, la neutralisation des progressions indiciaires et le recours croissant à l’indemnité différentielle SMIC

Les conséquences sont immédiates :

  • Pour les Personnels Administratifs : les grilles des C1, C2 et C3 sont touchées ainsi que celles des B1 et des B2
  • Pour les Personnels Techniques : la grille des Adjoints Techniques de 2e classe est touchée jusq’au 6e échelon, et les B1 et B2 du corps des techniciens MJ
  • Pour les CPIP et les Capitaines pourtant de catégorie A : l’échelon d’élève est en deçà du SMIC
  • Pour les Surveillants, il faudra attendre le 3e échelon pour être payé au dessus du SMIC de 8,56 euros bruts. Malgré une réforme « historique »… déjà sous le SMIC !

Ce n’est plus un simple tassement : c’est un effondrement !

L’autre conséquence de cet effondrement est encore plus brutale : lorsque des pans entiers des grilles indiciaires passent désormais en dessous du SMIC, pour un nombre croissant de fonctionnaires, toute notion d’ancienneté disparaît mécaniquement. L’expérience, les années de service, les compétences acquises, tout cela n’a plus aucun effet réel sur la rémunération. Même une promotion de corps, censée reconnaître un parcours professionnel et offrir une respiration statutaire, ne produit plus d’évolution tangible.

UNE ADMINISTRATION PENITENTIAIRE SOUS PRESSION
UNE PAUPERISATION ORGANISEE

Revaloriser le SMIC sans revaloriser les grilles, c’est créer une fonction publique où l’on exige toujours plus, mais où l’on reconnaît toujours moins. La seule réponse proposée consiste à verser une indemnité différentielle pour éviter une rémunération en dessous du minimum légal. Mais cette indemnité, non prise en compte pour la retraite, ne fait que masquer une réalité bien plus grave : les grilles indiciaires ne jouent plus leur rôle. Pour l’administration pénitentiaire, déjà fragilisée, cette mécanique est particulièrement destructrice : elle efface les parcours, dévalorise les qualifications et compromet durablement l’attractivité des métiers.

L’UFAP UNSa Justice porte une revendication simple : restaurer la dignité des carrières. La contradiction est flagrante sur la situation actuelle : des missions régaliennes toujours plus lourdes, des rémunérations en baisse constante. Face à ce constat, deux exigences apparaissent comme immédiates et incontournables.

Une augmentation immédiate de la valeur du point d’indice

La valeur du point d’indice, socle de la rémunération de tous les agents publics, n’a connu que des ajustements ponctuels depuis plus de dix ans. Dans un contexte d’inflation durable, de perte de pouvoir d’achat et de tensions sur les métiers régaliens, cette situation n’est plus tenable.

Une revalorisation immédiate du point d’indice est indispensable pour restaurer le pouvoir d’achat, réduire l’écart croissant avec le secteur privé, reconnaître l’engagement des personnels, stabiliser les effectifs dans les métiers en tension et éviter que les agents ne soient rattrapés par le minimum légal.

Une révision complète des grilles indciaires dans toutes les filières

L’augmentation du SMIC, nécessaire socialement, met en lumière le niveau anormalement bas des rémunérations dans la fonction publique. Elle écrase les débuts de carrière, réduit les écarts hiérarchiques et neutralise les progressions indiciaires.

Une révision des grilles indiciaires est indispensable pour rétablir des écarts cohérents entre les échelons, reconnaître les qualifications et les responsabilités, sécuriser les parcours professionnels, redonner de l’attractivité aux métiers régaliens et garantir que plus de responsabilités signifie réellement plus de rémunération.

L’État ne peut exiger l’excellence de ses agents tout en rémunérant au minimum. Avoir un salaire décent n’est pas un avantage, c’est la condition de survie du service public pénitentiaire !

Le Secrétaire Général,
 Alexandre CABY

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