Pantin, le 9 juin 2026
Monsieur le président,
Ce jour marque votre première présidence du CSA SPIP, suite à votre prise de fonction comme Directeur Général de l’Administration Pénitentiaire. L’UFAP UNSa Justice n’a pas pour habitude de souhaiter la bienvenue aux nouveaux Directeurs Généraux. Ni de participer à la cagnotte de ceux qui partent d’ailleurs … Néanmoins, nous prenons acte de votre nomination à la tête de notre administration et nous vous assurons de notre volonté de participer à un dialogue social franc, loyal et constructif.
Il y a 8 jours, vous avez pris les rênes d’une administration confrontée à une crise sans précédent, tant au niveau des moyens que du sens de notre travail quotidien.
La situation que vous découvrez est celle d’une institution sous tension permanente, dépassée par une surpopulation pénale record, en milieu fermé (+ de 88 600 détenus) et en milieu ouvert (+193000 PPSMJ). Elle est aussi victime d’une inflation continue des missions qui lui sont confiées et à une insuffisance chronique des moyens humains, budgétaires et immobiliers nécessaires à leur réalisation.
Ceux qui veulent évacuer la question des moyens du débat public n’ont manifestement jamais travaillé ni dans un SPIP, ni dans une détention. Ils n’ont jamais eu à faire face quotidiennement à l’état de misère dans lequel est plongé la pénitentiaire et la justice française. Du jamais vu depuis l’après-guerre ! On ne peut pas se prévaloir d’être chef uniquement lorsqu’il s’agit de récolter les lauriers, et se laver les mains du reste.
Les chiffres de la Justice parlent en effet d’eux-mêmes : la France dépense 77,2€ par habitant pour sa Justice (0.20% du PIB), bien en dessous de la moyenne européenne de 85,4€ par habitant (0.34% PIB). Dans les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation, les signaux d’alerte se multiplient depuis plusieurs années. Les dernières évaluations font état d’un déficit avoisinant le millier d’emplois. Jamais les personnels n’ont eu à faire face à une telle charge de travail. Jamais les obligations de suivi, de contrôle, d’évaluation et d’accompagnement n’ont été aussi nombreuses. Pourtant, les effectifs ne suivent pas la progression constante des publics pris en charge ni l’empilement des réformes successives.
Cette situation n’est pas sans conséquence. Les personnels sont épuisés. Les conditions d’exercice se dégradent. Les délais s’allongent. Les marges de manœuvre disparaissent. Et c’est finalement la qualité même du service public rendu qui se trouve fragilisée !
À cette crise des effectifs s’ajoute une crise immobilière désormais préoccupante. De nombreux services exercent dans des locaux devenus inadaptés, parfois saturés, souvent vétustes. Plusieurs projets de relocalisation, de déménagement ou d’extension, pourtant identifiés comme indispensables, sont aujourd’hui reportés ou abandonnés faute de crédits. Là encore, ce sont les personnels qui subissent quotidiennement les conséquences de choix budgétaires qui ne sont pas à la hauteur des enjeux.
L’UFAP UNSa Justice souhaite également attirer votre attention sur les effets concrets des restrictions budgétaires actuellement à l’œuvre au sein du ministère de la Justice. Les arbitrages rendus ces derniers mois traduisent une logique de réduction de la dépense publique incompatible avec les besoins réels des services. L’exemple récent de la Direction des Services Pénitentiaires d’Outre-mer, confrontée à la suppression de neuf contrats pourtant indispensables au fonctionnement des services ultramarins, illustre parfaitement cette dérive. Il aura fallu que L’UFAP UNSa Justice intervienne à tous les niveaux pour que la DSPOM revienne sur sa décision et reconnaisse le caractère indispensable de la présence de nos collègues.
Derrière les chiffres se cachent des agents, des missions et des territoires déjà fortement fragilisés.
Au-delà des moyens, c’est également une véritable crise de sens qui traverse aujourd’hui nos services. Les polémiques récurrentes autour des activités culturelles, sportives ou de réinsertion en détention alimentent une incompréhension croissante du rôle des personnels et de la mission qui leur est confiée. Les personnels des SPIP, mais également l’ensemble des personnels pénitentiaires, attendent une parole claire et un soutien sans ambiguïté de leur Administration sur le sens de leurs missions et leur contribution essentielle à l’idéal républicain, à la prévention de la récidive et à la protection de la société.
Cette perte de repères est accentuée par la multiplication constante des priorités nationales. Violences intrafamiliales, violences sexuelles, lutte contre le narcotrafic, radicalisation, terrorisme, reprise du présentenciel : chaque sujet est présenté comme prioritaire !
Or, lorsque tout devient prioritaire, plus rien ne l’est réellement. Les services sont sommés de répondre à des injonctions toujours plus nombreuses sans que les moyens correspondants ne soient systématiquement déployés !
Les personnels attendent désormais des orientations claires, des priorités assumées et des moyens cohérents avec les ambitions affichées. Ils attendent également une administration capable de porter leur parole, de défendre leurs missions et de reconnaître les difficultés auxquelles ils sont confrontés quotidiennement.
Pour faire face à cette crise sans précédent, L’UFAP UNSa Justicerevendique :
- Un recrutement d’urgence : 1 000 CPIP, 100 DPIP, 100 agents de surveillance électronique (ASE) et 150 personnels administratifs
- Une révision des effectifs de référence pour y inclure le travail invisible et la charge que représente le flux en milieu ouvert, et pour que plus personne ne se retrouve seul sur son poste de travail
- La reconnaissance et la sanctuarisation du caractère régalien des missions du SPIP
- La création d’une direction autonome de l’insertion et de la probation, consécration inévitable de l’expertise des SPIP et de leur place centrale dans la chaîne pénale
- La réaffirmation de l’autonomie et de l’expertise des personnels dans leurs avis professionnels
- La création d’une peine de probation autonome pour valoriser l’action du SPIP, renforcer l’efficacité de la sanction pénale et lutter contre la surpopulation carcérale
- La fin des rémunérations de misère pour les contractuels et les personnels administratifs, et la justice indemnitaire par l’alignement des taux de PSS sur celui des surveillants et son octroi pour tous
Syndicat multicatégoriel, apolitique et réformiste, L’UFAP UNSa Justice s’engage pour l’amélioration concrète des conditions de travail et de rémunération pour les personnels des SPIP.
Dans le cadre d’une future bilatérale, nous aurons l’occasion de vous présenter l’ensemble des revendications de L’UFAP UNSa Justice 2e organisation syndicale représentative dans les SPIP. Dans l’attente, soyez assuré de notre détermination et de notre combativité, mais aussi de notre pragmatisme et de notre bonne volonté dans le dialogue social.
Les élus UFAP UNSa Justice au CSA SPIP